Effondrement rue d’Aubagne à Marseille : des mesures contre le mal-logement sont réclamées

Le 5 novembre 2018, rue d’Aubagne, dans le premier arrondissement de Marseille, trois bâtiments vétustes ce sont effondrés. Le premier, situé au n°63, était entièrement « fermé et muré », selon les dires de la mairie de la cité phocéenne. Toutefois, l’immeuble d’habitations voisin, le n°65, s’est lui aussi effondré, fragilisé par l’écroulement du premier. Neuf des dix appartements étaient occupés et habités. Le troisième, lui aussi devenu un tas de gravats, le n°67, était inhabité depuis l’été 2012. Cette catastrophe a provoqué la mort de huit personnes et l’évacuation de près de 2.000 Marseillais vivant au cœur du quartier Noailles.

L’effondrement des bâtiments à Marseille
Crédit Photo : AFP

Trois mois après la catastrophe, seulement 500 personnes ont pu être relogées ou ont retrouvé leur logement, dans le cadre du plan d’action de 14 millions d’euros mis en place par la ville. Les sinistrés restant vivent, quant à eux, dans situations de mal-logement ou dans des habitats provisoires. Ils vivent tantôt à l’hôtel tantôt chez des amis, voire dans des centres d’hébergement. Une situation qui révolte autant les personnalités publiques originaires de Marseille que les associations d’aide au logement, comme la fondation l’Abbée-Pierre.

Les trois bâtiments dataient du XVIIIème siècle

L’accident survenu rue d’Aubagne à Marseille témoigne de la vétusté de certains immeubles de la ville. Les bâtiments effondrés avaient bâti au XVIIIème siècle sans fondation et avec des murs directement déposés sur le sol. Selon le rapport d’un expert désigné par la justice datant de 2015, ces trois bâtiments présentaient des états de délabrement avancés : des fissures, dont certaines très ouvertes, avaient été relevées et les immeubles reposés les uns sur les autres.

L’immeuble habité, le n°65, avait été évacué le 18 octobre 2018, quelques semaines avant l’accident et faisait l’objet de plusieurs arrêtés de péril. Ce jour, « une expertise des services compétents avaient donné lieu à la réalisation de travaux de confortement permettant la réintégration des occupants », selon les dires de la Mairie. De plus, le syndic de l’immeuble, Liautard, assure, dans une entrevue accordée au journal le Monde, que : « Le bâtiment était en bon état et entretenu. Ce n’était pas un immeuble insalubre », et souligne que son effondrement a directement été provoqué par l’immeuble voisin, le n°63.

Le troisième immeuble, le n°67, a été démoli par les pompiers, mettant en avant des mesures de sécurité, dans le cadre de leurs opérations.

Des personnalités publiques réclament un plan extraordinaire contre le mal-logement à Marseille

Mardi 29 janvier 2019, près de trois mois après la catastrophe survenue rue d’Aubagne, des personnalités publiques ont rédigé et signé une tribune dans le journal Le Monde. Ils demandent un plan d’action extraordinaire contre le mal-logement. Intitulée « Nous sommes tous des enfants de Noailles », la tribune appelle les pouvoirs publics à « passer aux actes et [à] cesser de mépriser les victimes du drame ». Elle est cosignée (entre autre) par le chanteur Soprano, le cinéaste Robert Guédiguian, le journaliste et écrivain Philippe Pujol et la journaliste gagnante du prix Renaudot 2018, Valérie Manteau.

Ces personnalités publiques déplorent une gestion qu’ils jugent de « lamentable » de la crise que subit la cité Phocéenne. Ils demandent alors que la ville et l’État mettent tout en œuvre afin de palier à cela et pour que les sinistrés retrouvent un quotidien de vie décent.

« Il est temps de prendre la pleine mesure de cette catastrophe honteuse dans la deuxième ville de France, aujourd’hui capitale de l’indignité : Marseille a besoin d’un plan extraordinaire de lutte contre le mal-logement, pour rénover les écoles, pour l’accès aux services publics, contre la ségrégation urbaine »

Marseille n’en est pas à sa première mauvaise expérience. En effet, le mal-logement touche près de 100.000 personnes en région PACA.  Les systèmes d’hébergements sont défaillants et les charges locatives en croissance constante.

Des élèves de Noailles vivent dans des conditions hygiéniques déplorables

Le 10 janvier 2019, Sabine Pascual, professeur de Français dans un collège marseillais, témoigne au nom de ses élèves et met en avant que près de 500 élèves de son collège vivent leurs conditions de vie déplorable : « Je vous passe les rats dans la rue mais aussi dans les cages d’escalier, les logements. Mais aussi les cafards, les punaises de lit ».

Selon l’enseignante, certains de leurs élèves sont atteints de la gale et une famille du saturnisme. Cette maladie correspond à l’intoxication aiguë ou chronique le plomb. Sabine Pascual souligne également que les conditions de vie des élèves sont inappropriées. Et pour cause : « On déloge nos élèves, ils se retrouvent à l’hôtel, certains sont parqués dans des gymnases ».

La fondation l’Abbé-Pierre appelle à un grand plan national de lutte contre l’habitat indigne

Début janvier 2019, deux mois après l’effondrement des immeubles rue d’Aubagne, la fondation l’Abbé-Pierre a décidé de : « se constituer civile dans l’information judiciaire contre X qui a été lancée », annonce son délégué général Christophe Robert. L’objectif étant d’être présent pour guider les « personnes les plus fragiles » et pour lutter pour plus de justice sociale.

La fondation, en s’appuyant sur le cas de la cité phocéenne, demande au gouvernement français de mettre en place un grand plan national afin de lutter contre l’habitat indigne. Même si la catastrophe de la rue d’Aubagne à Marseille reste un cas exceptionnel, le mal-logement continue de persister en France. Selon la fondation, ce sont « 600.000 logements qui seraient potentiellement indignes, soit environ un million de personnes exposées à des « risques pour leur santé et leur sécurité » », détaille-t-elle dans la tribune du 9 janvier à France Info. Dès lors, selon des croisements de statistiques qu’a effectués la fondation l’Abbé-Pierre, ce sont :

  • 200.000 logements indignes recensés dans les Hauts-de-France,
  • 140.000 logements indignes en Nouvelle-Aquitaine,
  • 61.000 à Paris,
  • 40.000 à Marseille.

Afin « d’éradiquer », terme qu’emploie la fondation l’Abbé-Pierre, le logement indigne, ce sont environ 60.000 habitations qui doivent-être rénovées annuellement, pour espérer qu’en 10 ans le mal-logement disparaisse en France.